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FICHE 66 / 76

La guerre du Vietnam : de l’engagement américain à l’enlisement, une guerre de décolonisation au cœur de la guerre froide

Le conflit vietnamien prolonge d’abord la décolonisation de l’Indochine. Les accords de Genève de juillet 1954 mettent fin à la guerre contre la France et divisent provisoirement le Vietnam au niveau du 17e parallèle. Au Nord, Hô Chi Minh dirige un régime communiste. Au Sud, Ngô Đình Diệm, soutenu par Washington, refuse les élections nationales prévues par les accords. Les États-Unis voient rapidement dans le Sud-Vietnam un maillon de l’endiguement en Asie. La théorie des dominos, popularisée sous Eisenhower, suppose qu’une victoire communiste pourrait entraîner d’autres basculements régionaux. Une nuance juridique compte ici : les élections de 1956 figurent dans la déclaration finale de Genève, que ni les États-Unis ni l’État du Vietnam au Sud ne signent. Leur absence ne rend pas le projet sans importance, mais elle contribue à expliquer pourquoi son application devient rapidement contestée.

Sous Kennedy, l’aide militaire américaine augmente fortement. Après le renversement et l’assassinat de Diệm en novembre 1963, l’instabilité de Saigon renforce l’implication américaine. L’incident du golfe du Tonkin, en août 1964, fournit à Lyndon Johnson l’autorisation politique d’élargir la guerre. Les bombardements massifs du Nord commencent en 1965 et les premières grandes unités de combat américaines sont déployées la même année. Plus de 500 000 soldats américains se trouvent au Vietnam en 1968. Malgré leur supériorité matérielle, ils affrontent un adversaire capable d’articuler guérilla, réseaux politiques locaux et unités régulières nord-vietnamiennes. L’« incident du golfe du Tonkin » recouvre en réalité deux épisodes : l’affrontement du 2 août 1964 est établi, tandis que la seconde attaque signalée le 4 août est aujourd’hui considérée comme n’ayant très probablement pas eu lieu. La résolution votée par le Congrès le 7 août donne néanmoins à Johnson une très large marge d’action militaire.

L’enlisement tient à un décalage entre moyens militaires et objectif politique. Washington peut infliger des pertes considérables sans construire un État sud-vietnamien suffisamment légitime et stable. Les bombardements ne brisent pas la volonté du Nord, soutenu par l’URSS et la Chine malgré leurs propres rivalités. À mesure que le conflit dure, son coût humain, financier et politique nourrit la contestation aux États-Unis. Après 1969, Nixon engage une « vietnamisation » destinée à transférer davantage de combats à l’armée sud-vietnamienne tout en négociant avec Hanoï. La guerre révèle alors une limite centrale de la puissance américaine : la supériorité technologique ne suffit pas à produire un résultat politique durable.