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FICHE 04 / 76

San Francisco 1945 : l’ONU, entre idéal de sécurité collective et primauté institutionnelle des grandes puissances

L’Organisation des Nations unies naît officiellement le 24 octobre 1945, après la signature de la Charte à San Francisco le 26 juin. Elle hérite de l’échec de la Société des Nations, incapable d’empêcher les agressions des années 1930. Les fondateurs veulent donc construire une organisation plus universelle et surtout plus réaliste dans son rapport à la puissance. L’ONU ne repose pas sur l’égalité politique parfaite des États : cinq puissances — États-Unis, URSS, Royaume-Uni, France et Chine — disposent d’un siège permanent et d’un droit de veto au Conseil de sécurité.

Cette architecture traduit un compromis. L’Assemblée générale affirme l’égalité souveraine des États, tandis que le Conseil de sécurité concentre la responsabilité du maintien de la paix. Le veto doit éviter qu’une décision majeure soit imposée contre l’une des grandes puissances, situation qui aurait probablement conduit celle-ci à quitter l’organisation. L’ONU est donc fondée sur une tension constitutive entre universalisme juridique et hiérarchie politique. Cette tension devient immédiatement visible avec la guerre froide, qui bloque fréquemment le Conseil de sécurité.

L’organisation ne se limite pourtant pas à la sécurité militaire. Elle crée ou articule un ensemble d’institutions spécialisées dans la santé, l’alimentation, l’éducation, les réfugiés ou le développement. La Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée le 10 décembre 1948, donne également une portée normative nouvelle à la notion de droits fondamentaux. L’ONU devient progressivement un forum essentiel de la décolonisation. Son histoire ne peut donc être réduite à son impuissance lors des crises : elle organise durablement la diplomatie multilatérale et fournit un langage commun de souveraineté, de droits et de coopération internationale.