Depuis les années 1980, la finance occupe une place croissante dans le fonctionnement des économies développées. La déréglementation, l’internationalisation des capitaux et l’innovation financière facilitent le financement des entreprises, des États et des ménages. Les marchés deviennent plus intégrés et de nouveaux produits permettent de transférer ou de couvrir certains risques.
La financiarisation désigne cependant plus qu’une augmentation du volume des transactions. Elle renvoie aussi au poids accru des critères financiers dans la gestion des entreprises et des patrimoines. La valorisation boursière, la rentabilité du capital et les attentes des investisseurs influencent davantage les décisions de restructuration, d’investissement ou de distribution de dividendes. Les ménages sont eux-mêmes plus exposés aux marchés via l’épargne, les retraites ou le crédit immobilier.
Cette évolution améliore parfois l’allocation du capital, mais elle peut amplifier les cycles. Un endettement élevé, des innovations mal comprises ou des incitations de court terme peuvent produire des fragilités systémiques, comme en 2008. La financiarisation n’est donc ni un phénomène uniquement spéculatif ni une simple modernisation technique : elle modifie les rapports entre entreprises, créanciers, actionnaires, pouvoirs publics et salariés. La financiarisation ne signifie pas seulement davantage de banques : elle renvoie aussi à la place croissante de la valeur actionnariale, de l’endettement et des marchés dans les décisions des entreprises.
