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FICHE 51 / 238

La France, l’Allemagne et la Russie face à la guerre d’Irak : le refus d’une intervention sans nouveau mandat de l’ONU

À l’hiver 2002-2003, la France, l’Allemagne et la Russie ne défendent pas Saddam Hussein ; elles contestent l’idée que la guerre soit déjà nécessaire et juridiquement suffisamment fondée. Paris considère que la résolution 1441 organise un mécanisme d’inspections et de rapports au Conseil de sécurité, sans déclencher automatiquement l’emploi de la force. Berlin, dirigé par Gerhard Schröder, exprime une opposition encore plus nette à l’intervention ; Moscou partage le refus d’une guerre immédiate et souhaite préserver son influence en Irak.

Le 14 février 2003, Dominique de Villepin prononce devant le Conseil de sécurité un discours devenu emblématique. Il affirme que les inspections produisent des résultats et plaide pour leur renforcement. Jacques Chirac laisse entendre que la France pourrait opposer son veto à une résolution autorisant la guerre si elle juge celle-ci prématurée. Washington et Londres renoncent finalement à soumettre au vote un projet de seconde résolution, faute de majorité assurée.

La crise révèle une fracture au sein du camp occidental, mais il serait excessif d’y voir une rupture durable avec les États-Unis. La France reste membre de l’OTAN et coopère avec Washington contre le terrorisme. Le désaccord porte surtout sur le lien entre menace, légitimité et usage de la force. Il donne à Paris l’occasion de défendre une conception du multilatéralisme fondée sur le rôle central du Conseil de sécurité.