À partir des années 1980, l’expression « droit d’ingérence » est associée en France à Bernard Kouchner et au juriste Mario Bettati. Elle part d’une intuition morale : la souveraineté d’un État ne devrait pas empêcher l’assistance à des populations menacées. Les débats sont nourris par les crises humanitaires, notamment au Kurdistan irakien, en Somalie, en Bosnie ou au Rwanda. Des résolutions de l’Assemblée générale de l’ONU en 1988 et 1990 reconnaissent l’importance de l’accès humanitaire, sans créer pour autant un droit général d’intervention armée.
Sur le plan juridique, la formule reste problématique. La Charte des Nations unies protège l’intégrité territoriale des États et interdit l’usage de la force sauf légitime défense ou autorisation du Conseil de sécurité. Une assistance humanitaire négociée, une opération autorisée par le Conseil et une intervention militaire unilatérale sont donc trois situations très différentes. Les confondre obscurcit le débat.
Le Kosovo en 1999 cristallise cette tension : une intervention peut être présentée comme moralement nécessaire sans disposer d’une base juridique explicite dans une résolution autorisant la force. Le concept de responsabilité de protéger cherchera ensuite à dépasser le vocabulaire de l’« ingérence » en réaffirmant le rôle du Conseil de sécurité et la responsabilité première des États eux-mêmes. La notion d’« ingérence » reste ainsi davantage une catégorie politique et doctrinale qu’une règle autonome du droit international positif.
