Le multilatéralisme désigne une forme de coopération dans laquelle plusieurs États acceptent des règles et institutions communes plutôt que de traiter uniquement par accords bilatéraux. Après 1945, l’ONU, le GATT puis l’OMC, le FMI ou la Banque mondiale structurent cette logique. Après 1991, l’espoir d’un « nouvel ordre mondial » renforce temporairement l’idée qu’un système international plus coopératif est possible.
L’interdépendance rend cette coopération nécessaire : commerce, climat, pandémies, finance ou prolifération nucléaire dépassent les frontières. Pourtant, le multilatéralisme ne supprime pas les rapports de force. Les grandes puissances cherchent à façonner les règles, choisissent parfois de contourner les institutions et disposent de ressources inégales pour faire respecter leurs préférences. L’ONU en Irak en 2003 ou l’OMC face aux tensions commerciales sino-américaines illustrent ces limites.
Le multilatéralisme doit donc être compris comme un mode de gestion de la puissance, non comme son contraire. Il peut protéger les États plus faibles en offrant des procédures communes, mais il fonctionne surtout lorsque les principaux acteurs acceptent un compromis minimal. Sa crise contemporaine traduit moins la disparition de la coopération que la difficulté à maintenir des règles partagées dans un monde plus conflictuel. Le multilatéralisme n’abolit donc pas la puissance : il organise la manière dont des États inégaux négocient, produisent des règles et rendent leurs engagements plus prévisibles.
