La croissance des Trente Glorieuses avait favorisé une immigration de travail importante, notamment en provenance du Portugal, du Maghreb et d’Afrique subsaharienne. La crise économique modifie la politique française. Le 3 juillet 1974, le gouvernement suspend officiellement l’immigration de travailleurs salariés, estimant que la hausse du chômage impose de limiter de nouvelles entrées. Cette décision ne signifie ni fermeture totale des frontières ni retour massif des immigrés déjà installés.
La présence étrangère change alors de nature. Beaucoup de travailleurs choisissent de rester en France et souhaitent vivre avec leur famille. Un décret du 29 avril 1976 organise le regroupement familial sous conditions. En 1978, le Conseil d’État, dans l’arrêt GISTI, reconnaît aux étrangers résidant régulièrement en France le droit de mener une vie familiale normale. L’immigration devient ainsi davantage une immigration d’installation qu’une simple main-d’œuvre supposée temporaire. Le gouvernement tente en 1977 de suspendre temporairement une partie de l’immigration familiale ; le Conseil d’État annule cette orientation en 1978. L’arrêt GISTI est donc aussi le résultat d’un conflit concret entre restriction administrative et protection juridique de la vie familiale.
Le sujet se politise fortement. Le gouvernement met en place des aides au retour et la loi Bonnet de 1980 durcit certaines règles d’entrée et d’éloignement. Les débats sur l’emploi, le logement, l’intégration et le racisme prennent une place croissante. La France découvre progressivement que les migrations de l’après-guerre ont transformé durablement sa population, alors même qu’une partie de l’action publique avait longtemps pensé l’immigré comme un travailleur provisoire.
