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FICHE 06 / 80

Le chômage de masse : une rupture sociale durable dans les économies développées

Pendant les décennies d’après-guerre, le plein emploi avait fini par apparaître comme une caractéristique presque normale de l’Europe occidentale. Les années 1970 rompent cette attente. Après les récessions de 1974-1975 puis du début des années 1980, le chômage augmente fortement. Surtout, il ne revient plus systématiquement à son niveau antérieur lors des reprises. Dans plusieurs pays européens, une partie du chômage devient structurelle et de longue durée.

Les causes se combinent. Les industries lourdes réduisent leurs effectifs, les gains de productivité permettent de produire avec moins de travail et les entreprises réorganisent leurs implantations. L’arrivée de nouvelles générations sur le marché du travail et la progression de l’activité féminine augmentent également la population active. Les politiques anti-inflationnistes du début des années 1980 provoquent des récessions qui aggravent temporairement le phénomène. Les jeunes, les travailleurs peu qualifiés et les régions industrielles anciennes sont particulièrement exposés. En Europe occidentale, la remontée du chômage devient particulièrement persistante, alors que le marché du travail américain conserve une composante plus cyclique ; cette divergence contribue à faire du chômage durable un problème spécifiquement aigu pour plusieurs économies européennes.

Les conséquences dépassent le marché du travail. Le chômage durable fragilise l’intégration sociale par l’emploi, pèse sur les finances de la protection sociale et transforme le débat politique. Les gouvernements développent indemnisation, formation, contrats aidés ou politiques de flexibilité. Les économistes s’opposent sur le rôle des salaires, des institutions, de la demande et des transformations technologiques. La permanence du chômage devient l’une des questions centrales de l’Europe des années 1980.