Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour connaissent, à partir des années 1960 puis surtout dans les années 1970-1980, une industrialisation extrêmement rapide. On les désigne comme les « quatre dragons » ou « quatre tigres » asiatiques. Leur point commun est une forte insertion dans le commerce mondial : textile et assemblage léger précèdent généralement l’électronique, la mécanique ou la pétrochimie. Les exportations deviennent un moteur essentiel de la croissance.
Leurs trajectoires ne sont pourtant pas identiques. Hong Kong s’appuie sur un environnement très libéral et sur son rôle commercial. Singapour attire massivement les multinationales grâce à une administration efficace et à des infrastructures de premier ordre. La Corée du Sud utilise le crédit public et de grands conglomérats, les chaebols, pour orienter l’investissement vers les industries lourdes puis les technologies avancées. Taïwan combine grandes entreprises publiques, petites et moyennes entreprises exportatrices et politique technologique. Le développement de la Corée du Sud et de Taïwan s’effectue longtemps sous des régimes autoritaires ; leur démocratisation s’accélère en 1987. La réussite économique ne doit donc pas être rétroactivement confondue avec un modèle politique libéral constant.
L’État joue donc souvent un rôle important, parfois sous des régimes autoritaires. Il investit dans l’éducation, protège temporairement certains secteurs et conditionne les aides à des performances à l’exportation. Cette stratégie se distingue d’une protection permanente du marché intérieur. À l’approche de 1990, ces économies ont fortement augmenté leur revenu par habitant et commencent à exporter capital et technologie. Leur réussite remet en cause l’idée selon laquelle l’industrialisation avancée resterait réservée à l’Occident et au Japon.
