À l’arrivée de la gauche au pouvoir, l’entreprise est considérée comme un espace où la citoyenneté politique ne se traduit pas suffisamment en droits collectifs. Jean Auroux, ministre du Travail, remet en septembre 1981 un rapport proposant de faire des salariés des « citoyens à part entière dans l’entreprise ». Quatre grandes lois sont adoptées entre août et décembre 1982. Elles renforcent les libertés des salariés, la représentation collective et la négociation.
Les textes créent notamment un droit d’expression directe des travailleurs sur leurs conditions de travail, renforcent les comités d’entreprise et imposent des négociations périodiques sur les salaires et l’organisation du travail. Les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail sont consolidés. Le règlement intérieur et le pouvoir disciplinaire de l’employeur sont davantage encadrés. L’objectif n’est pas d’abolir l’autorité patronale, mais de la soumettre à des procédures et à des droits collectifs plus précis. Les quatre lois Auroux sont adoptées entre août et décembre 1982 : leur dispersion en plusieurs textes montre qu’il s’agit d’une refonte d’ensemble des relations professionnelles plutôt que d’une mesure unique.
Les effets sont réels mais inégaux. Dans les grandes entreprises syndiquées, les nouvelles obligations structurent le dialogue social. Dans les petites entreprises ou les secteurs peu organisés, leur application est plus limitée. La montée du chômage et l’affaiblissement syndical des années 1980 réduisent aussi le rapport de force des salariés. Les lois Auroux restent néanmoins une étape importante de l’institutionnalisation de la négociation sociale en France.
