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FICHE 44 / 80

Mars 1983 : le tournant de la rigueur et le choix de rester dans le Système monétaire européen

Au début de 1983, le gouvernement français est confronté à une décision stratégique. Le franc reste sous pression, l’inflation dépasse celle de l’Allemagne de l’Ouest et les déficits extérieurs persistent. Une partie de la gauche envisage de quitter le Système monétaire européen afin de retrouver une plus grande autonomie monétaire. François Mitterrand choisit finalement en mars de maintenir la France dans le SME et d’accepter les disciplines nécessaires à la stabilité du franc.

Le changement ne se résume pas à une journée ni à une politique unique. La relance avait déjà été freinée en 1982. Le blocage temporaire des prix et des salaires décidé cette année-là montre que la lutte contre l’inflation avait commencé avant le choix décisif de mars 1983. Après mars 1983, le gouvernement accentue la maîtrise des dépenses, la modération salariale et la recherche de désinflation. Sous Pierre Bérégovoy puis d’autres responsables, la politique française s’oriente progressivement vers la « désinflation compétitive » : réduire l’écart d’inflation avec les partenaires afin de préserver la compétitivité sans recourir continuellement aux dévaluations. Le réalignement monétaire de mars 1983 s’accompagne d’une nouvelle dévaluation du franc dans le SME. Ce choix donne un contenu immédiatement monétaire au tournant : rester dans le mécanisme suppose de rapprocher plus fortement inflation et coûts français de ceux des partenaires les plus stables.

Le tournant modifie profondément l’image du pouvoir socialiste, mais n’efface pas les réformes de 1981-1982. La protection sociale reste développée, les nationalisations ne sont pas immédiatement remises en cause et la décentralisation se poursuit. La rupture est surtout macroéconomique : le gouvernement accepte que la politique nationale soit contrainte par la monnaie, l’ouverture commerciale et l’intégration européenne.