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FICHE 57 / 80

Solidarność en Pologne : une mobilisation ouvrière de masse transforme la contestation sociale en crise politique du communisme

À l’été 1980, une nouvelle hausse des prix déclenche des grèves dans plusieurs entreprises polonaises. Aux chantiers navals Lénine de Gdańsk, les ouvriers conduits par Lech Wałęsa réclament non seulement des améliorations salariales, mais aussi le droit de créer des syndicats indépendants. Le 31 août, les accords de Gdańsk reconnaissent une partie des vingt et une revendications du mouvement. Solidarność, fondé le 17 septembre puis enregistré officiellement par la justice le 10 novembre 1980, devient le premier syndicat autonome de cette ampleur dans un État du bloc soviétique.

Son succès tient à une coalition inhabituelle. Ouvriers, intellectuels dissidents, catholiques et une partie des classes moyennes se retrouvent autour de la défense de droits sociaux et civiques. En quelques mois, Solidarność rassemble près de dix millions d’adhérents. Le pouvoir communiste conserve l’État, l’armée et la police, tandis que Moscou redoute une contagion régionale. Le 13 décembre 1981, le général Wojciech Jaruzelski proclame la loi martiale. Le syndicat est interdit, ses responsables internés et la contestation repoussée dans la clandestinité. Jaruzelski justifie la loi martiale par le risque de désordre et d’intervention extérieure ; la question de savoir jusqu’où Moscou aurait réellement été prêt à intervenir reste discutée, ce qui interdit de présenter la décision polonaise comme l’exécution mécanique d’un ordre soviétique.

La répression ne restaure pourtant pas la légitimité du régime. Les difficultés économiques persistent et Solidarność maintient des réseaux souterrains. En 1988, une nouvelle vague de grèves convainc le pouvoir de négocier. Les discussions de la Table ronde, de février à avril 1989, conduisent à des élections partiellement libres le 4 juin. Le triomphe électoral de Solidarność ouvre la voie, en août, au gouvernement de Tadeusz Mazowiecki. La Pologne devient ainsi le premier maillon décisif de l’effondrement politique du bloc de l’Est en 1989.