Introduction — L’environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire
Au premier abord, l’ semble désigner ce qui entoure les sociétés : l’air, l’eau, les sols, les forêts, les espèces ou encore le climat. Cette définition reste pourtant insuffisante. Un devient un « environnement » lorsqu’une société le perçoit, le nomme, l’utilise, le mesure et lui attribue des valeurs. Une même forêt peut ainsi être une réserve de bois, un espace de chasse, un habitat d’espèces, un puits de carbone, un lieu de promenade, un paysage identitaire ou un territoire sacré. Ces fonctions ne sont ni équivalentes ni spontanément compatibles : elles sont hiérarchisées par des acteurs aux intérêts et aux pouvoirs inégaux. Étudier l’environnement revient donc à analyser une relation historique entre dynamiques naturelles et organisations sociales, plutôt qu’à opposer artificiellement « l’homme » et « la ».
Le titre du thème repose sur une tension centrale. Exploiter signifie prélever, aménager ou transformer des éléments du milieu afin de répondre à des besoins. Toute société exploite son environnement : elle se nourrit, construit, se chauffe, produit de l’énergie et aménage son territoire. Protéger consiste à limiter certains usages, préserver des équilibres, réparer des dégradations ou soustraire certains espaces à l’exploitation. Mais protéger ne signifie pas cesser d’agir. Créer un parc, réglementer une pêche, restaurer une zone humide ou choisir des essences forestières sont autant de décisions politiques. Exploitation et protection apparaissent donc moins comme deux attitudes absolument opposées que comme deux manières de gouverner les mêmes milieux.
Qualifier l’environnement d’enjeu planétaire oblige enfin à changer d’échelle. Les ressources sont localisées, les politiques restent largement nationales et les dommages touchent des territoires précis. Pourtant, les cycles du carbone et de l’eau, les courants océaniques, les migrations d’espèces ou la circulation des polluants franchissent les frontières. Le changement climatique transforme ainsi une multitude d’émissions localisées en mondial. Il impose une action collective à des États souverains dont les responsabilités historiques, les capacités économiques et les vulnérabilités diffèrent profondément. L’environnement devient dès lors un objet géopolitique : il redistribue des rapports de puissance, nourrit des conflits d’usage, suscite des coopérations et modifie les conditions de la sécurité.