La France de l’après-guerre connaît une redistribution accélérée de sa population. L’emploi agricole recule fortement sous l’effet de la mécanisation et des gains de productivité. Des centaines de milliers d’actifs quittent les campagnes pour les villes et les bassins industriels. L’exode rural, commencé bien avant 1945, change d’échelle. Dans le même temps, le baby-boom et l’immigration augmentent les besoins de logement. Les villes s’étendent rapidement, souvent plus vite que les infrastructures et les équipements collectifs.
L’État et les collectivités répondent par une politique massive de construction. Les grands ensembles, composés d’immeubles standardisés et édifiés rapidement, doivent résorber les taudis et accueillir une population urbaine croissante. Les zones à urbaniser en priorité, créées en 1958, organisent cette expansion. Pour beaucoup de familles, ces logements représentent d’abord un progrès concret : eau courante, chauffage, sanitaires, espace plus fonctionnel. Leur image se dégrade ensuite lorsque l’éloignement, la faiblesse des services et la concentration de difficultés sociales deviennent plus visibles.
La transformation concerne aussi l’organisation nationale du territoire. La croissance parisienne nourrit les critiques contre la centralisation, tandis que l’aménagement du territoire devient une politique publique à part entière. La DATAR est créée en 1963 pour favoriser un développement plus équilibré. Autoroutes, villes nouvelles et zones industrielles redessinent les mobilités. L’urbanisation n’est donc pas un simple déplacement géographique. Elle modifie les formes de sociabilité, le rapport au travail, les trajets quotidiens et l’accès aux services. En quelques décennies, une société encore largement rurale devient une société urbaine, ce qui constitue l’une des mutations les plus profondes de la France contemporaine.
