NavigationRetour à l’espace fiches
FICHE 59 / 76

Les Trente Glorieuses : rattrapage, productivité et plein emploi au cœur d’une croissance exceptionnelle

Entre la fin des années 1940 et le début des années 1970, la France connaît une croissance économique rapide et relativement régulière. L’expression « Trente Glorieuses », forgée plus tard par Jean Fourastié, désigne cette phase de transformation qui concerne aussi une grande partie de l’Europe occidentale et le Japon. Elle ne repose pas sur un miracle unique. La reconstruction d’après-guerre, le rattrapage technologique sur les États-Unis, l’investissement, l’urbanisation et le renouvellement des équipements créent un puissant potentiel de croissance. Dans l’usage historique, la période est souvent bornée de 1946 à 1975 : le choc pétrolier de 1973 marque une rupture décisive, mais le ralentissement et la montée durable du chômage se manifestent surtout en 1974-1975.

Les gains de productivité jouent un rôle central. La mécanisation agricole libère de la main-d’œuvre, tandis que l’industrie adopte des méthodes de production plus standardisées. L’automobile, la chimie, l’électricité, le bâtiment et les biens d’équipement se développent rapidement. Les entreprises agrandissent leur marché grâce à la hausse des revenus et à l’intégration européenne. L’État accompagne le mouvement par la planification indicative, les infrastructures, le logement, l’éducation et un système financier largement encadré. Le chômage reste faible pendant l’essentiel de la période.

La croissance améliore fortement le niveau de vie moyen, sans supprimer les inégalités ni les conflits sociaux. Les conditions de travail restent dures dans de nombreux secteurs et les écarts de revenus demeurent importants. Le modèle dépend aussi d’une énergie abondante et bon marché, notamment du pétrole, ainsi que d’une démographie dynamique. Les « Trente Glorieuses » décrivent donc un régime de croissance particulier, pas un âge d’or uniforme. Leur importance historique réside dans l’ampleur du changement : en une génération, la France devient une société majoritairement urbaine, salariée et équipée de biens de consommation durables.