La croissance des Trente Glorieuses ne se mesure pas seulement au produit intérieur brut. Elle entre dans les logements et modifie les gestes quotidiens. À partir des années 1950 et surtout dans les années 1960, une part croissante des ménages accède au réfrigérateur, à la machine à laver, au téléviseur puis à l’automobile. Le crédit, la publicité et la grande distribution accompagnent cette diffusion. Les supermarchés apparaissent à la fin des années 1950 et l’hypermarché de Sainte-Geneviève-des-Bois ouvre en 1963.
La consommation de masse transforme également les temporalités. La troisième semaine de congés payés est accordée en 1956, puis une quatrième en 1969. Les vacances, les loisirs et la mobilité automobile prennent une place nouvelle. Les industries culturelles s’adressent davantage à des publics spécifiques, notamment aux jeunes. L’équipement du foyer réduit certains travaux domestiques, sans faire disparaître la division sexuée des tâches. Le confort matériel devient progressivement une norme sociale, ce qui modifie les attentes envers le logement, le travail et la réussite.
Cette évolution suscite rapidement des critiques. L’abondance ne supprime ni la pauvreté ni les inégalités d’accès. La publicité peut produire de nouveaux besoins et la consommation devenir un signe de distinction sociale. Les transformations environnementales restent encore peu présentes dans le débat public, alors même que l’automobile, l’urbanisation et la production de masse augmentent fortement l’usage des ressources. La société de consommation désigne donc davantage qu’une hausse des achats. Elle correspond à un nouvel ordre social où l’identité, le statut et le temps libre sont de plus en plus liés aux biens et aux services accessibles sur le marché.
