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FICHE 62 / 76

Baby-boom et jeunesse : une génération nombreuse devient un acteur culturel, social et politique

La natalité augmente fortement en France dès 1944 et reste élevée pendant près de vingt ans. Ce baby-boom s’explique par plusieurs facteurs : retour des soldats, mariages différés, politiques familiales, amélioration progressive des conditions matérielles et maintien d’un modèle familial valorisant les naissances. La population rajeunit au moment même où la mortalité infantile baisse et où l’espérance de vie progresse. À partir de la fin des années 1950, cette génération nombreuse entre massivement dans l’enseignement secondaire puis supérieur.

La jeunesse acquiert alors une visibilité sociale nouvelle. L’allongement des études retarde l’entrée complète dans le monde adulte et crée des pratiques spécifiques. Musique, cinéma, presse, vêtements et loisirs construisent des références générationnelles communes. Le transistor, le microsillon puis la télévision accélèrent la circulation de ces cultures. Le phénomène ne signifie pas que tous les jeunes vivent de la même manière : les différences de classe, de sexe et de territoire restent fortes. Une catégorie d’âge devient néanmoins un marché, un public et progressivement un groupe capable de formuler ses propres attentes.

Cette évolution contribue au climat de contestation des années 1960. Les étudiants mettent en cause l’autorité universitaire, les normes sexuelles, la guerre du Vietnam ou les hiérarchies politiques. Mai 1968 donne une visibilité spectaculaire à cette génération, sans se réduire à un conflit entre jeunes et adultes. Les baby-boomers bénéficient aussi de la croissance, de l’expansion scolaire et du plein emploi, ce qui leur donne des ressources inédites. Leur poids démographique explique pourquoi leurs comportements marquent durablement la culture, la consommation et la vie politique françaises.