La reconstruction puis la croissance rapide créent en France d’importants besoins de main-d’œuvre. L’ordonnance de 1945 organise une politique d’immigration destinée à encadrer les entrées, mais l’économie réelle dépasse rapidement la planification administrative. Entreprises, réseaux familiaux et accords bilatéraux alimentent les arrivées. Les Italiens restent nombreux dans l’immédiat après-guerre, puis les flux portugais, espagnols, algériens, marocains et tunisiens prennent une importance croissante dans les années 1950 et 1960.
Les travailleurs immigrés occupent souvent les emplois les plus pénibles ou les moins qualifiés dans l’industrie, le bâtiment, les mines et certains services. Ils participent directement à la production de logements, d’automobiles, d’infrastructures et de biens qui symbolisent les Trente Glorieuses. Leurs conditions de vie peuvent être très difficiles. Des foyers de travailleurs accueillent une partie des hommes venus seuls, tandis que des bidonvilles se développent aux périphéries de plusieurs villes, notamment autour de Paris. Le regroupement familial s’accroît progressivement, transformant une migration parfois pensée comme temporaire en installation durable. Il faut distinguer cette installation progressive des familles du « regroupement familial » comme dispositif administratif formalisé : celui-ci est officiellement encadré à partir de 1976, après la suspension de l’immigration de travail décidée en 1974.
L’immigration est aussi liée à l’histoire impériale et postcoloniale. Les Algériens disposent avant 1962 d’un statut spécifique, puis les indépendances modifient les cadres juridiques sans interrompre les mobilités. Les politiques publiques oscillent entre besoin économique et volonté de contrôle. La crise des années 1970 conduira à suspendre officiellement l’immigration de travail en 1974, mais les populations installées font désormais partie de la société française. Comprendre les Trente Glorieuses exige donc d’intégrer cette main-d’œuvre étrangère à l’histoire économique nationale, et non de la traiter comme un phénomène extérieur à la croissance.
