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FICHE 02 / 80

1973 : le premier choc pétrolier et la rupture avec la croissance des Trente Glorieuses

À l’automne 1973, la guerre du Kippour déclenche une crise énergétique qui frappe des économies occidentales déjà moins dynamiques qu’au cours des années 1950 et 1960. Le 17 octobre, plusieurs pays arabes membres de l’OAPEC réduisent leur production et mettent en place un embargo visant notamment les États-Unis et les Pays-Bas, accusés de soutenir Israël. Parallèlement, les pays exportateurs membres de l’OPEP reprennent la main sur la fixation des prix affichés et décident de fortes hausses. Entre l’automne 1973 et le début de 1974, le prix de référence du baril est approximativement multiplié par quatre.

Pour les pays importateurs, le choc agit comme un transfert massif de revenus vers les producteurs de pétrole. Les coûts de transport, de chauffage et de production augmentent. Les entreprises voient leurs marges comprimées ; les ménages perdent du pouvoir d’achat. Les gouvernements doivent arbitrer entre soutien à l’activité et lutte contre l’inflation. La croissance ralentit fortement en 1974-1975 et le chômage progresse. La France, la RFA, le Royaume-Uni, le Japon ou les États-Unis sont touchés avec des intensités différentes, selon leur dépendance énergétique et leurs réponses économiques.

Il serait pourtant faux de faire du pétrole l’unique cause de la fin des Trente Glorieuses. Les gains de productivité ralentissaient déjà, la concurrence internationale s’intensifiait et le système monétaire de Bretton Woods venait d’être démantelé. Le choc de 1973 accélère et rend visible une transformation plus profonde : la croissance rapide de l’après-guerre n’est plus la norme. Les politiques économiques entrent alors dans une période d’expérimentation et de désaccord. Il faut donc distinguer le déclencheur géopolitique de l’automne 1973 du ralentissement de productivité déjà engagé : le choc pétrolier transforme une inflexion en rupture visible, il ne crée pas à lui seul toutes les difficultés des années 1970.