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FICHE 06 / 76

Bretton Woods : reconstruire l’économie mondiale autour du dollar, du FMI et d’un multilatéralisme encadré

La conférence de Bretton Woods se tient du 1er au 22 juillet 1944, avant même la fin de la guerre. Quarante-quatre pays y cherchent à éviter le retour aux désordres monétaires des années 1930 : dévaluations compétitives, contrôles désordonnés, effondrement des échanges et instabilité financière. Le système adopté repose sur des taux de change fixes mais ajustables. Les monnaies sont rattachées au dollar, lui-même convertible en or à 35 dollars l’once pour les autorités monétaires étrangères. Le dollar devient ainsi la principale monnaie de réserve du système.

Deux institutions sont créées. Le Fonds monétaire international doit fournir des financements temporaires aux pays confrontés à des difficultés de balance des paiements et surveiller la stabilité monétaire. La Banque internationale pour la reconstruction et le développement, future composante de la Banque mondiale, doit d’abord financer la reconstruction puis le développement. Le projet s’inspire des débats entre John Maynard Keynes, qui défend une architecture plus symétrique autour d’une unité internationale appelée bancor, et l’Américain Harry Dexter White, dont les propositions correspondent davantage à la position de puissance créditrice des États-Unis.

Bretton Woods n’est pas un retour au libéralisme financier du XIXe siècle. Les gouvernements conservent la possibilité de contrôler les mouvements de capitaux afin de préserver leur autonomie économique et le plein-emploi. Cette combinaison entre ouverture commerciale, stabilité monétaire et intervention nationale sera plus tard qualifiée de « libéralisme encastré ». Le système accompagne la forte croissance des décennies d’après-guerre, avant d’entrer en crise à la fin des années 1960. En août 1971, Nixon suspend la convertibilité du dollar en or, ouvrant la fin progressive du système de changes fixes. Le système de Bretton Woods ne fonctionne d’ailleurs pleinement que progressivement : la convertibilité courante des principales monnaies d’Europe occidentale n’est généralisée qu’en 1958, après une longue période de pénurie de dollars et de contrôles des changes.