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FICHE 01 / 76

1945, une « année zéro » ? Un monde libéré, ruiné et déplacé par six années de guerre totale

En 1945, la capitulation allemande du 8 mai puis celle du Japon le 2 septembre mettent fin à une guerre qui a bouleversé les hiérarchies politiques, les sociétés et les territoires. L’expression d’« année zéro », souvent appliquée à l’Allemagne, suggère une rupture absolue. Elle est utile pour rendre compte du sentiment d’effondrement, mais elle doit être nuancée : les administrations, les élites, les pratiques sociales et de nombreux rapports de pouvoir ne disparaissent pas avec la paix. La sortie de guerre est donc à la fois un recommencement et une transition. Le Japon avait annoncé son acceptation de la capitulation dès le 15 août 1945 ; le 2 septembre correspond à sa signature formelle à bord de l’USS Missouri.

Le premier fait majeur est l’ampleur des déplacements humains. Des millions de prisonniers, travailleurs forcés, déportés et survivants des camps cherchent à rentrer chez eux. À cela s’ajoutent les expulsions de populations allemandes d’Europe centrale et orientale, les modifications de frontières et les migrations provoquées par l’avancée soviétique. La guerre laisse aussi des sociétés traversées par la faim, le marché noir, les règlements de comptes et la question de la collaboration. La libération des camps nazis révèle progressivement l’ampleur du génocide des Juifs d’Europe et oblige les sociétés européennes à affronter une violence de masse d’un type nouveau.

La rupture est également géopolitique. L’Europe reste le principal champ de ruines, mais elle n’est plus le centre incontesté du système international. Les États-Unis disposent d’une puissance économique et financière sans équivalent, tandis que l’URSS a acquis un prestige immense par sa victoire militaire et contrôle une grande partie de l’Europe orientale. Le Royaume-Uni et la France demeurent des puissances mondiales, mais leur affaiblissement est manifeste. L’année 1945 ouvre donc moins un ordre stabilisé qu’une période de recomposition : reconstruction, décolonisation et rivalité américano-soviétique vont se superposer.