En 1945, les empires européens couvrent encore une large partie de l’Asie et de l’Afrique. Vingt-cinq ans plus tard, la plupart des colonies ont accédé à l’indépendance. Le phénomène n’est ni simultané ni uniforme. L’Asie ouvre largement le mouvement : indépendance de l’Inde et du Pakistan en 1947, de l’Indonésie reconnue en 1949, accords de Genève sur l’Indochine en 1954. En Afrique, l’accélération se produit surtout entre la fin des années 1950 et le milieu des années 1960, avec 1960 comme « année de l’Afrique », marquée par dix-sept indépendances.
Cette transformation résulte d’un rapport de force nouveau. Les puissances coloniales sortent affaiblies de la Seconde Guerre mondiale, tandis que les mouvements nationalistes ont gagné en organisation et en légitimité. Les principes d’autodétermination circulent davantage, l’ONU offre une tribune internationale, et les États-Unis comme l’URSS contestent souvent les empires pour des raisons différentes. Les métropoles ne réagissent cependant pas toutes de la même manière : le Royaume-Uni négocie plusieurs transitions, la France mène des guerres longues en Indochine et en Algérie, le Portugal conserve ses colonies jusqu’aux années 1970.
L’indépendance politique ne supprime pas les dépendances économiques, militaires ou administratives. Les nouveaux États doivent construire des institutions, former des cadres, définir des frontières souvent héritées de la colonisation et choisir une stratégie de développement. Les tensions internes peuvent être fortes, comme au Congo à partir de 1960. La décolonisation doit donc être comprise comme un transfert de souveraineté fondamental, mais non comme une rupture instantanée avec tous les héritages impériaux. Elle recompose l’ordre mondial et multiplie les acteurs de la diplomatie internationale.
