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FICHE 38 / 76

Bandung, avril 1955 : vingt-neuf États afro-asiatiques affirment qu’ils ne veulent plus être les objets de la politique mondiale

Du 18 au 24 avril 1955, vingt-neuf pays d’Asie et d’Afrique se réunissent à Bandung, en Indonésie. La conférence est préparée par les cinq puissances dites de Colombo — Inde, Pakistan, Ceylan, Birmanie et Indonésie — tandis que l’Égypte de Nasser y devient l’un des participants les plus visibles. Les participants sont très différents par leurs régimes, leurs alliances et leurs intérêts. Certains sont proches de l’Occident, d’autres de la Chine ou de l’URSS. Leur point commun est surtout l’expérience du colonialisme ou de la domination étrangère.

Bandung condamne le colonialisme, affirme l’égalité souveraine des États et défend la coopération économique et culturelle. Les participants reprennent des principes de non-ingérence, de règlement pacifique des conflits et de respect de l’intégrité territoriale. La Chine populaire, représentée par Zhou Enlai, utilise la conférence pour rassurer ses voisins et accroître sa reconnaissance diplomatique. Pour Nehru et Nasser, l’enjeu consiste aussi à préserver une marge d’autonomie face aux blocs.

La conférence ne crée pas une organisation permanente et ne fait pas disparaître les divergences. Elle possède néanmoins une forte portée symbolique : des États longtemps subordonnés à des empires européens se réunissent sans les anciennes puissances coloniales et prétendent définir leurs propres priorités. Bandung contribue à faire émerger un langage politique commun autour de l’anticolonialisme, du développement et de la souveraineté. Il prépare le mouvement des non-alignés, officiellement fondé à Belgrade en 1961. Plus qu’un « troisième bloc », Bandung représente donc l’ambition de transformer les règles d’un système international jusque-là dominé par l’Europe et les superpuissances.