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FICHE 32 / 76

Gandhi et Nehru : deux stratégies complémentaires pour transformer l’indépendance indienne en projet politique

Mohandas Karamchand Gandhi et Jawaharlal Nehru incarnent deux dimensions différentes du nationalisme indien. Gandhi, revenu d’Afrique du Sud en 1915, fait de la non-violence et de la désobéissance civile les instruments d’une mobilisation de masse. La marche du sel de 1930 illustre sa méthode : choisir un symbole concret de la domination britannique, enfreindre publiquement la loi et transformer la répression en problème moral et politique pour l’Empire.

Nehru partage l’objectif d’indépendance mais pense davantage l’État à construire. Dirigeant du Congrès, laïque, socialisant et favorable à la science, il défend après 1947 un modèle de démocratie parlementaire, de planification économique et d’industrialisation. Il souhaite éviter que l’Inde indépendante ne soit enfermée dans la rivalité Est-Ouest. La Constitution entrée en vigueur le 26 janvier 1950 consolide une république parlementaire, laïque et fondée sur le suffrage universel. Cette orientation nourrit ensuite la politique de non-alignement.

Leur relation comporte des désaccords réels. Gandhi se méfie du productivisme industriel et valorise l’autonomie des villages, tandis que Nehru estime qu’un grand État moderne doit développer infrastructures, industrie lourde et institutions scientifiques. Gandhi donne au mouvement national une force morale et sociale exceptionnelle ; Nehru transforme l’indépendance en programme de gouvernement. Les réduire à deux visions opposées serait pourtant artificiel. Le Congrès a précisément bénéficié de leur complémentarité : capacité de mobilisation populaire d’un côté, construction institutionnelle et diplomatique de l’autre. L’Inde indépendante reste ainsi marquée à la fois par la mémoire gandhienne et par l’État nehruvien.