L’Inde se distingue parmi les grandes puissances émergentes par la continuité de son régime démocratique depuis 1947, malgré l’état d’urgence de 1975-1977 et de fortes tensions internes. Elle possède une population immense, une armée importante et des capacités scientifiques croissantes. En mai 1998, le gouvernement d’Atal Bihari Vajpayee réalise une série d’essais nucléaires à Pokhran ; le Pakistan répond quelques semaines plus tard. L’Asie du Sud devient officiellement un espace de dissuasion nucléaire réciproque.
New Delhi cherche néanmoins à conserver une autonomie stratégique plutôt qu’à rejoindre un bloc. L’accord nucléaire civil conclu avec les États-Unis dans les années 2000 marque un rapprochement important sans alliance formelle. L’Inde participe aussi aux BRICS et au Quad avec les États-Unis, le Japon et l’Australie. Sa rivalité avec la Chine et le Pakistan structure sa sécurité, tandis que son poids démographique et économique élargit ses ambitions. La puissance indienne repose donc sur une diplomatie multi-alignée plutôt que sur une dépendance unique.
Le partenariat nucléaire civil indo-américain, approuvé internationalement en 2008, illustre cette singularité : l’Inde obtient un accès au commerce nucléaire civil sans avoir adhéré au Traité de non-prolifération comme État non doté. Son poids stratégique lui permet donc un statut exceptionnel. L’accord nucléaire civil indo-américain puis la dérogation accordée par le Groupe des fournisseurs nucléaires en 2008 consacrent le statut exceptionnel d’une puissance nucléaire restée hors du TNP.
