Depuis la fin de la guerre froide, les Européens cherchent à développer une capacité militaire plus autonome sans remettre en cause l’OTAN. La politique européenne de sécurité et de défense, lancée à la fin des années 1990, permet à l’Union de conduire des missions civiles et militaires limitées dans les Balkans, en Afrique ou au Moyen-Orient.
L’idée d’« autonomie stratégique » gagne en importance lorsque les États-Unis demandent aux Européens de financer davantage leur défense ou lorsque leurs priorités divergent. La coopération structurée permanente, le Fonds européen de défense et les projets industriels communs cherchent à réduire la fragmentation des équipements. Les progrès restent toutefois lents car les budgets, industries et doctrines nationales sont difficiles à harmoniser.
L’invasion russe de l’Ukraine en 2022 confirme simultanément la nécessité d’un effort européen et la centralité de l’OTAN. Les États-Unis fournissent des capacités militaires essentielles, tandis que plusieurs pays européens augmentent fortement leurs dépenses. L’autonomie stratégique ne signifie donc pas nécessairement indépendance vis-à-vis de l’Alliance : elle peut désigner une Europe capable d’agir davantage tout en restant liée à la garantie américaine. La déclaration franco-britannique de Saint-Malo de décembre 1998 constitue un jalon majeur : elle reconnaît la nécessité pour l’Union de disposer d’une capacité autonome d’action lorsque l’OTAN n’agit pas.
