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FICHE 18 / 76

OTAN et pacte de Varsovie : militariser la bipolarité et rendre durable la division stratégique de l’Europe

Le traité de l’Atlantique Nord est signé à Washington le 4 avril 1949 par douze États, dont les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, la France, l’Italie et plusieurs pays d’Europe occidentale. Son article 5 prévoit qu’une attaque contre l’un des membres sera considérée comme une attaque contre tous. Pour les Européens, l’enjeu principal est d’obtenir une garantie américaine durable contre une éventuelle pression soviétique. Pour Washington, l’alliance permet d’organiser la défense de l’espace nord-atlantique et de stabiliser politiquement l’Europe occidentale.

L’OTAN représente une rupture avec la tradition américaine de méfiance envers les alliances permanentes en temps de paix. Elle ne devient cependant une organisation militaire pleinement intégrée qu’après le déclenchement de la guerre de Corée en 1950. Le réarmement de l’Allemagne de l’Ouest et son entrée dans l’OTAN en mai 1955 provoquent la création, le 14 mai 1955, du pacte de Varsovie réunissant l’URSS et les démocraties populaires d’Europe de l’Est.

Les deux alliances ne fonctionnent pas de manière identique. L’OTAN rassemble des États souverains dont les gouvernements peuvent débattre et parfois contester les orientations américaines. Le pacte de Varsovie formalise une domination soviétique déjà très forte et sert également d’instrument de contrôle du bloc oriental. En 1956 en Hongrie puis en 1968 en Tchécoslovaquie, les forces du pacte ou de ses membres interviennent pour empêcher une remise en cause de l’ordre socialiste. En 1956, l’écrasement de l’insurrection hongroise est avant tout une intervention soviétique ; en 1968, l’opération contre la Tchécoslovaquie est conduite par l’URSS avec plusieurs alliés du pacte, ce qui ne doit pas faire croire à un fonctionnement strictement symétrique ou collectif de l’alliance.

L’institutionnalisation militaire des blocs réduit paradoxalement certaines incertitudes tout en augmentant la puissance destructrice disponible. Chaque camp sait davantage quels territoires et quels alliés l’autre considère comme essentiels. La guerre froide devient donc un système de dissuasion et de préparation militaire permanente. L’Europe est stabilisée dans sa division, mais cette stabilité repose sur la menace d’une escalade potentiellement catastrophique.