La réponse soviétique à la doctrine Truman et au plan Marshall se précise à l’automne 1947. En septembre, neuf partis communistes européens se réunissent à Szklarska Poręba, en Pologne, pour créer le Kominform, bureau chargé de coordonner les partis communistes. Andreï Jdanov y présente une lecture binaire du monde : un camp « impérialiste et antidémocratique », dirigé par les États-Unis, s’oppose à un camp « anti-impérialiste et démocratique », conduit par l’URSS.
Cette doctrine a une fonction idéologique et disciplinaire. Elle justifie le rejet du plan Marshall par les pays sous influence soviétique et rappelle aux partis communistes occidentaux qu’ils doivent aligner leur stratégie sur Moscou. En France et en Italie, où les partis communistes sont puissants, la rupture avec les coalitions gouvernementales de l’après-guerre renforce la polarisation politique. En Europe de l’Est, la logique de front antifasciste cède progressivement la place à la prise de contrôle communiste. Ces exclusions interviennent en mai 1947, avant la formulation de la doctrine Jdanov, et répondent aussi à des crises politiques et sociales nationales : elles précèdent la formalisation soviétique des deux camps plutôt qu’elles n’en résultent mécaniquement.
La doctrine Jdanov ne doit pas être lue comme un simple équivalent mécanique de la doctrine Truman. Les deux discours structurent le monde en camps opposés, mais les rapports institutionnels sont différents. Le pouvoir soviétique dispose d’une capacité directe de coercition sur les États occupés par l’Armée rouge, tandis que l’alliance occidentale repose davantage sur des gouvernements pluralistes, des mécanismes de négociation et une dépendance économique envers Washington. En 1948, l’exclusion de la Yougoslavie de Tito du Kominform montre d’ailleurs que l’unité communiste a ses limites : un régime communiste peut entrer en conflit avec Moscou lorsqu’il revendique une autonomie nationale.
