La guerre froide ne commence pas à une date unique. Entre 1945 et 1947, une série de crises transforme progressivement l’alliance militaire contre l’Allemagne en rivalité politique structurée. Les désaccords portent sur l’avenir de l’Allemagne, la Pologne, les réparations, les gouvernements d’Europe orientale et le rôle des institutions internationales. Chaque camp interprète les initiatives de l’autre à travers ses propres préoccupations de sécurité, ce qui crée un mécanisme de méfiance cumulative.
Du côté soviétique, l’installation de gouvernements communistes ou dominés par les communistes en Europe de l’Est apparaît comme la construction d’un glacis stratégique. À Washington et Londres, elle est perçue comme une expansion idéologique incompatible avec les engagements de Yalta. Du côté américain, la reconstruction d’une économie mondiale ouverte et le maintien d’une présence militaire en Europe sont présentés comme des garanties de stabilité. Moscou y voit la consolidation d’un ordre capitaliste conduit par les États-Unis. Le problème n’est donc pas seulement l’opposition des intérêts : c’est l’impossibilité croissante de distinguer les mesures défensives des mesures offensives.
L’année 1946 accélère cette rupture. Le « long télégramme » de George Kennan, envoyé de Moscou en février, présente le pouvoir soviétique comme durablement méfiant envers l’Occident et recommande une stratégie ferme. En septembre, l’ambassadeur soviétique Nikolaï Novikov décrit à son tour les États-Unis comme une puissance cherchant la domination mondiale. En 1947, la doctrine Truman, le plan Marshall et la doctrine Jdanov rendent la division explicite. La guerre froide devient alors un système de rivalité global, sans guerre directe entre les deux superpuissances mais avec une confrontation politique, économique, militaire et idéologique permanente.
