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FICHE 12 / 76

La doctrine Truman et l’endiguement : transformer la puissance américaine en stratégie durable de containment

Le 12 mars 1947, Harry Truman demande au Congrès une aide de 400 millions de dollars à la Grèce et à la Turquie. Le Royaume-Uni a annoncé qu’il ne pouvait plus assumer seul son soutien à ces deux pays. La Grèce est engagée dans une guerre civile opposant le gouvernement monarchiste à une guérilla communiste, tandis que la Turquie subit des pressions soviétiques sur les détroits. Truman élargit cependant la portée de la crise : les États-Unis doivent soutenir les « peuples libres » menacés par une prise de contrôle extérieure ou par des minorités armées. La guerre civile grecque ne doit pourtant pas être réduite à une offensive directement commandée par Moscou : les guérillas communistes reçoivent surtout des soutiens depuis les Balkans, notamment de la Yougoslavie jusqu’à la rupture Tito-Staline de 1948, tandis que Staline reste relativement prudent en Grèce.

Cette doctrine marque un changement majeur. Washington ne se contente plus d’intervenir ponctuellement après l’apparition d’une menace. La sécurité américaine est désormais liée à la stabilité politique de régions éloignées. Le concept d’endiguement — containment — est associé au diplomate George F. Kennan. Dans le « long télégramme » de février 1946 puis l’article signé « X » publié dans Foreign Affairs en juillet 1947, Kennan décrit le pouvoir soviétique comme expansionniste mais prudent. Il recommande une pression « patiente, ferme et vigilante » destinée à contenir l’expansion soviétique plutôt qu’à provoquer une guerre directe.

La doctrine Truman et le containment ne sont pourtant pas exactement synonymes. Kennan pense d’abord en termes de centres industriels et politiques essentiels, notamment l’Europe occidentale et le Japon. L’administration Truman donne rapidement à l’endiguement une dimension plus globale et militaire. Le plan Marshall, l’OTAN puis la guerre de Corée élargissent le dispositif. L’endiguement devient ainsi la matrice de la politique extérieure américaine pendant plusieurs décennies, même si ses instruments et ses zones prioritaires évoluent.