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FICHE 11 / 76

Le « rideau de fer » : en 1946, la division de l’Europe devient un diagnostic politique occidental

Le 5 mars 1946, Winston Churchill prononce à Fulton, dans le Missouri, un discours resté célèbre. En présence du président Truman, il affirme qu’« un rideau de fer » est descendu sur le continent européen. La formule ne crée pas la division de l’Europe, mais elle lui donne une image immédiatement compréhensible. De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique, les pays d’Europe centrale et orientale se trouvent sous influence soviétique croissante.

Churchill n’est alors plus Premier ministre, ce qui lui permet une liberté de ton plus grande. Son discours appelle à une coopération étroite entre les États-Unis et le Royaume-Uni pour défendre les démocraties occidentales. La réaction soviétique est très hostile : Staline compare le raisonnement de Churchill à une forme de discours racial et expansionniste. L’épisode illustre une transformation fondamentale du langage politique. L’ancien allié soviétique est désormais décrit comme une menace potentielle, tandis que Moscou présente l’Occident comme un ensemble capitaliste agressif.

La métaphore du rideau de fer est pourtant imparfaite si elle laisse penser qu’une frontière hermétique existe déjà partout en 1946. Les régimes politiques d’Europe orientale ne sont pas encore tous entièrement soviétisés. En Tchécoslovaquie, par exemple, une coalition pluraliste subsiste jusqu’au coup de Prague de février 1948. En Hongrie ou en Bulgarie, la prise de contrôle se fait par étapes. La valeur historique du discours de Fulton réside donc moins dans la description exacte d’un état achevé que dans l’annonce d’une logique : l’Europe est en train de devenir le principal espace de séparation entre deux systèmes politiques rivaux.