Entre 1947 et 1949, la bipolarité cesse d’être une simple opposition diplomatique pour devenir une organisation durable de l’Europe. À l’Ouest, le plan Marshall favorise la coopération économique, tandis que les États-Unis renforcent leur engagement militaire. À l’Est, l’URSS consolide son contrôle politique sur les démocraties populaires et organise leurs économies autour de Moscou. Les blocs sont donc des ensembles à la fois stratégiques, économiques et idéologiques.
Le camp occidental n’est pas homogène. La France, le Royaume-Uni, l’Italie, le Benelux ou la future RFA possèdent des intérêts nationaux distincts. Les gouvernements restent pluralistes et les partis communistes peuvent participer à la vie politique, même lorsqu’ils sont exclus du gouvernement. L’influence américaine passe largement par l’aide, la négociation et la garantie de sécurité. À l’Est, la présence de l’Armée rouge et la prise de contrôle des appareils policiers donnent à Moscou des moyens de contrainte beaucoup plus directs. Le coup de Prague de février 1948, qui place la Tchécoslovaquie sous domination communiste, devient en Occident le symbole de cette soviétisation.
Le terme de « bloc » ne doit donc pas faire croire à deux structures parfaitement symétriques. Les États-Unis disposent d’une prépondérance économique supérieure et dirigent un ensemble d’alliés conservant une autonomie politique notable. L’URSS domine un espace plus fermé où la souveraineté des États satellites est fortement limitée. Pourtant, dans les deux cas, l’appartenance au camp impose des contraintes : choix de politique étrangère, organisation des échanges, doctrines militaires et représentations idéologiques deviennent de plus en plus interdépendants.
Cette structuration atteint un seuil décisif en 1949 avec la création de l’OTAN, la naissance de la RFA et de la RDA, la mise en place du Comecon et l’acquisition soviétique de l’arme atomique. La guerre froide devient alors un ordre international durable plutôt qu’une crise passagère de l’après-guerre.
