Le monopole nucléaire américain, établi en 1945, est de courte durée. L’URSS réalise son premier essai atomique le 29 août 1949. Les États-Unis répondent par le développement de la bombe thermonucléaire, testée en 1952, suivis par l’URSS en 1953. Au cours des années 1950, les deux puissances perfectionnent leurs bombardiers stratégiques, puis leurs missiles balistiques intercontinentaux et leurs sous-marins nucléaires. La quantité d’armes augmente, mais leur capacité de destruction change surtout la nature de la stratégie.
L’objectif n’est plus seulement de gagner une guerre. Il devient essentiel de convaincre l’adversaire qu’une attaque provoquerait une riposte inacceptable. Cette logique de dissuasion suppose la survie d’une partie de l’arsenal après une première frappe. La diversification des vecteurs nucléaires — terre, air, mer — renforce progressivement cette « seconde frappe ». À la fin des années 1950 et au début des années 1960, la perspective d’une destruction mutuelle rend une guerre générale entre États-Unis et URSS de plus en plus difficile à concevoir rationnellement. Il est préférable de ne pas projeter trop tôt la notion pleinement stabilisée de destruction mutuelle assurée : la vulnérabilité réciproque devient surtout structurante au tournant des années 1960, lorsque les deux camps disposent de capacités de seconde frappe de plus en plus sûres.
La dissuasion ne signifie pourtant ni paix assurée ni disparition des risques. Une erreur d’interprétation, un accident technique ou une crise régionale peuvent provoquer une escalade. Les dirigeants cherchent donc à combiner fermeté stratégique et contrôle politique. L’arme nucléaire contribue paradoxalement à contenir l’affrontement direct tout en rendant chaque crise plus dangereuse. Elle favorise aussi la prolifération : le Royaume-Uni devient puissance nucléaire en 1952, la France en 1960, puis la Chine en 1964. La guerre froide repose désormais sur un équilibre instable entre compétition permanente et impossibilité croissante d’une victoire militaire totale.
