Cuba est dirigée depuis 1952 par Fulgencio Batista, dictateur soutenu par une partie des élites économiques et longtemps toléré par Washington. Le mouvement révolutionnaire lancé par Fidel Castro, après l’échec de l’attaque de la caserne Moncada en 1953, s’enracine dans l’opposition à la dictature, les inégalités sociales et la dépendance économique envers les États-Unis. À partir de 1956, la guérilla de la Sierra Maestra gagne du terrain tandis que le régime se désagrège. Batista fuit le pays le 1er janvier 1959. Le soutien américain à Batista n’est d’ailleurs pas constant jusqu’à sa chute : Washington suspend ses livraisons d’armes au régime en mars 1958, signe de l’érosion de la confiance américaine avant la victoire révolutionnaire.
La révolution n’est pas initialement présentée comme marxiste-léniniste. Le nouveau pouvoir entreprend néanmoins une réforme agraire, nationalise des entreprises et réduit fortement l’influence économique américaine. Les relations avec Washington se détériorent rapidement. Les États-Unis imposent des sanctions puis soutiennent le débarquement d’exilés cubains dans la baie des Cochons, lancé le 17 avril 1961. À la veille de l’invasion, Castro proclame le caractère socialiste de la révolution. L’échec de l’opération renforce encore son pouvoir. La proclamation du 16 avril 1961 affirme le caractère socialiste de la révolution ; Castro se définit explicitement comme marxiste-léniniste en décembre 1961, ce qui marque une étape supplémentaire dans l’identification idéologique du régime.
Le rapprochement avec Moscou répond donc à la fois aux choix idéologiques du régime et à une dynamique géopolitique. L’URSS achète le sucre cubain, fournit du pétrole, des armes et une garantie stratégique. Cuba devient le premier État durablement communiste de l’hémisphère occidental et un symbole révolutionnaire en Amérique latine. Pourtant, La Havane conserve des ambitions propres et développera ensuite une politique active en Afrique et dans le tiers-monde. La révolution cubaine illustre la manière dont une crise nationale peut être absorbée par la guerre froide sans perdre toute autonomie.
