NavigationRetour à l’espace fiches
FICHE 37 / 76

L’Afrique subsaharienne au tournant de 1960 : des indépendances rapides, négociées pour beaucoup, mais des États immédiatement confrontés à de lourdes contraintes

La décolonisation de l’Afrique subsaharienne s’accélère après le milieu des années 1950. La Gold Coast britannique devient le Ghana en mars 1957 sous la direction de Kwame Nkrumah, première colonie d’Afrique noire à accéder à l’indépendance dans l’après-guerre. La Guinée de Sékou Touré choisit en 1958 de quitter immédiatement la Communauté française. En 1960, dix-sept États africains accèdent à l’indépendance, parmi lesquels le Sénégal, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Tchad, Madagascar et le Congo belge.

D’une métropole à l’autre, les transitions prennent des formes diverses. Londres privilégie souvent un transfert progressif du pouvoir vers des élites locales, même si des conflits violents existent, comme au Kenya avec la révolte des Mau Mau. La France tente d’abord de réformer son empire avec l’Union française puis la Communauté de 1958, avant d’accepter rapidement les souverainetés nationales. La Belgique prépare beaucoup moins le Congo à l’indépendance, obtenue le 30 juin 1960, ce qui contribue à une crise politique et militaire immédiate.

Une fois souverains, ces États héritent de frontières coloniales, d’économies souvent spécialisées dans quelques matières premières et d’administrations disposant de peu de cadres nationaux. La souveraineté juridique ne fait donc pas disparaître les rapports de dépendance. Plusieurs gouvernements cherchent à construire l’unité nationale, à développer l’éducation et à diversifier l’économie. Les tensions régionales, militaires ou ethniques sont fréquemment aggravées par la faiblesse institutionnelle et par l’intervention extérieure. Il serait pourtant réducteur de présenter ces difficultés comme de simples « échecs » postcoloniaux : les dirigeants africains doivent créer des États dans des conditions héritées d’empires conçus pour l’administration et l’extraction plutôt que pour une citoyenneté nationale autonome.