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FICHE 43 / 76

Nasser et le nationalisme arabe : souveraineté, modernisation et ambition d’une troisième voie au temps de la guerre froide

Gamal Abdel Nasser s’impose progressivement comme la figure centrale du monde arabe après la chute de la monarchie égyptienne en 1952. Son projet associe indépendance nationale, modernisation économique, justice sociale et unité arabe. Il refuse que l’Égypte demeure soumise aux anciennes puissances coloniales ou enfermée dans un alignement automatique sur Washington ou Moscou. Le retrait britannique de la zone du canal, négocié en 1954, puis la nationalisation de Suez en 1956 nourrissent une popularité considérable. Sa victoire politique face à la France et au Royaume-Uni transforme Nasser en symbole de dignité retrouvée.

Le nassérisme n’est pourtant pas un simple nationalisme diplomatique. À l’intérieur, le régime renforce l’État, mène une réforme agraire, développe le secteur public et engage une industrialisation appuyée sur le barrage d’Assouan. Le pluralisme politique disparaît au profit d’un système autoritaire. À l’extérieur, Nasser défend le panarabisme, c’est-à-dire l’idée d’une communauté politique arabe dépassant les frontières héritées. La République arabe unie, fusion de l’Égypte et de la Syrie entre 1958 et 1961, constitue l’expérience la plus ambitieuse de cette politique. Son échec révèle le poids des intérêts nationaux et des rivalités entre élites.

Nasser participe également à Bandung en 1955 puis au mouvement des non-alignés. Cette autonomie reste relative. L’Égypte achète des armes au bloc soviétique, reçoit une aide de Moscou pour Assouan et se rapproche de l’URSS sans devenir un satellite. Le nassérisme exerce une forte influence en Algérie, au Yémen, en Irak ou parmi les Palestiniens. Sa défaite face à Israël en juin 1967 affaiblit profondément le prestige du panarabisme. Elle ne supprime pas son héritage : Nasser a contribué à faire du monde arabe un sujet actif des relations internationales plutôt qu’un simple espace de compétition entre puissances.