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FICHE 42 / 76

1956, la crise de Suez : Nasser défie les anciennes puissances coloniales et révèle leur déclassement

Le canal de Suez, ouvert en 1869, constitue une artère stratégique entre Méditerranée et océan Indien. Bien que situé en Égypte, il reste au milieu des années 1950 contrôlé par une compagnie dominée par des intérêts britanniques et français. Gamal Abdel Nasser, au pouvoir depuis la révolution des Officiers libres de 1952, veut affirmer la souveraineté égyptienne, financer le barrage d’Assouan et devenir le porte-parole du nationalisme arabe. Après le retrait d’une offre de financement américaine et britannique pour le barrage, il annonce le 26 juillet 1956 la nationalisation de la Compagnie du canal.

Londres et Paris y voient une atteinte à leurs intérêts stratégiques et au prestige de deux puissances déjà confrontées à la décolonisation. La France reproche aussi à Nasser son soutien au FLN algérien. Un accord secret est conclu à Sèvres avec Israël. Le 29 octobre, l’armée israélienne attaque le Sinaï. La France et le Royaume-Uni adressent ensuite un ultimatum aux deux belligérants puis bombardent l’Égypte, selon un scénario conçu pour justifier leur intervention. Militairement, l’opération progresse. Diplomatiquement, elle échoue presque immédiatement.

Les États-Unis refusent d’être associés à une guerre coloniale qui fragilise leur influence dans le monde arabe. L’URSS menace les agresseurs et exploite la crise, alors même qu’elle réprime simultanément l’insurrection hongroise. Sous la pression financière américaine et celle de l’ONU, Britanniques et Français acceptent le cessez-le-feu. Nasser conserve le canal et sort politiquement renforcé. Suez marque moins la disparition immédiate de la puissance européenne que la fin de l’illusion selon laquelle Londres et Paris pourraient conduire seuls une grande opération internationale contre l’avis de Washington. Le Proche-Orient entre pleinement dans l’âge des superpuissances et des nationalismes postcoloniaux. Une Force d’urgence des Nations unies est déployée dans la région et Israël achève son retrait du Sinaï et de Gaza en mars 1957. Le succès de Nasser est donc surtout politique et diplomatique, non militaire.