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FICHE 41 / 50

La Seconde Guerre mondiale comme guerre d’anéantissement : idéologie, mobilisation totale et violence contre les civils

La Seconde Guerre mondiale est une guerre totale parce qu’elle mobilise les armées, les économies, les empires coloniaux, les sciences et les sociétés civiles à une échelle exceptionnelle. Elle devient aussi, sur plusieurs fronts, une guerre d’anéantissement. Cette notion désigne un conflit dans lequel l’objectif ne consiste plus seulement à vaincre les forces militaires adverses ou à obtenir un avantage diplomatique. Il s’agit de détruire durablement la capacité de l’ennemi à exister comme puissance, groupe politique ou population désignée. L’idéologie, la racialisation de l’adversaire et l’effacement des limites entre combattants et civils jouent alors un rôle central.

Le front de l’Est est le cas le plus net. Hitler présente l’invasion de l’URSS comme une guerre contre le « judéo-bolchevisme » et comme une conquête coloniale destinée à fournir un Lebensraum au peuple allemand. Des ordres criminels préparent l’élimination de responsables soviétiques et une occupation fondée sur l’exploitation, les déplacements de population et la hiérarchie raciale. Les prisonniers de guerre soviétiques subissent une mortalité massive et les populations juives sont rapidement visées par des massacres systématiques. La guerre militaire, l’occupation et le génocide sont donc étroitement liés.

La logique d’anéantissement existe aussi sous d’autres formes. Dans le Pacifique, la guerre est marquée par une brutalisation extrême, alimentée par le militarisme japonais, le racisme réciproque et le refus fréquent de la capitulation. Les bombardements stratégiques visent de plus en plus les capacités industrielles et les centres urbains. En Europe, l’Allemagne nazie utilise représailles, déportations et terreur contre les résistances et les populations soupçonnées de les soutenir. Les Alliés mènent eux aussi des bombardements massifs contre les villes allemandes et japonaises, dans une logique de destruction du potentiel de guerre ennemi.

Il faut toutefois conserver des distinctions essentielles. Toutes les violences de la guerre ne répondent pas aux mêmes objectifs ni aux mêmes politiques. La Shoah constitue un génocide : l’objectif nazi est l’extermination des Juifs en tant que groupe, indépendamment de leur comportement militaire ou politique. La notion de guerre d’anéantissement permet donc de comprendre l’élargissement radical de la violence, mais elle ne doit pas dissoudre la spécificité des génocides. La Seconde Guerre mondiale combine ainsi guerre totale, occupations, violences de masse et projets d’extermination, ce qui explique son bilan humain exceptionnel et sa place singulière dans l’histoire du XXe siècle.