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FICHE 16 / 50

De la nomination d’Hitler à la dictature : destruction de Weimar et mise au pas du Reich (1933-1934)

Hitler est nommé chancelier le 30 janvier 1933 par le président Paul von Hindenburg. Cette nomination est légale au regard de la Constitution de Weimar, même si elle intervient après des années de crise politique et de gouvernement par décrets. Les conservateurs autour de Franz von Papen pensent pouvoir utiliser la popularité du NSDAP tout en contrôlant Hitler. Le calcul est rapidement démenti. Le nouveau chancelier obtient la dissolution du Reichstag et organise de nouvelles élections. L’incendie du Reichstag, dans la nuit du 27 au 28 février, sert de prétexte au décret « pour la protection du peuple et de l’État », qui suspend plusieurs libertés fondamentales et permet l’arrestation massive d’opposants.

La loi des pleins pouvoirs du 23 mars 1933 constitue une étape décisive. Votée dans un climat d’intimidation et sans les députés communistes emprisonnés ou empêchés de siéger, elle autorise le gouvernement à légiférer sans le Parlement, y compris contre la Constitution. Commence alors la Gleichschaltung, la « mise au pas » de la société et des institutions. Les Länder perdent leur autonomie, les syndicats libres sont dissous le 2 mai, les autres partis disparaissent et le NSDAP devient en juillet le parti unique. Les premiers camps de concentration, comme Dachau ouvert en mars 1933, servent d’abord à enfermer les adversaires politiques et à terroriser toute opposition.

Hitler doit encore neutraliser les tensions internes au mouvement nazi et rassurer l’armée. Lors de la « Nuit des Longs Couteaux », du 30 juin au 2 juillet 1934, la SS élimine plusieurs responsables de la SA, dont Ernst Röhm, ainsi que d’autres adversaires. L’opération montre que la violence extrajudiciaire est devenue un instrument gouvernemental. À la mort de Hindenburg, le 2 août 1934, Hitler fusionne les fonctions de président et de chancelier sous le titre de Führer. L’armée prête désormais serment personnellement à Hitler, ce qui consolide encore son autorité.

La dictature nazie ne repose toutefois pas sur une administration parfaitement centralisée. L’historien Ian Kershaw a montré l’importance du fait de « travailler en direction du Führer » : administrations, responsables du parti et organisations concurrentes anticipent les préférences d’Hitler et radicalisent souvent les politiques. Cette polycratie nourrit une dynamique cumulative. En moins de deux ans, une démocratie pluraliste est transformée en dictature raciale à parti unique. Le processus combine légalité détournée, violence, terreur, collaboration d’élites conservatrices et mobilisation populaire, ce qui explique la rapidité de la destruction de Weimar.