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FICHE 03 / 50

De New York au monde : capitaux, commerce et étalon-or dans la diffusion de la Grande Dépression

La crise devient mondiale parce que l’économie des années 1920 est déjà fortement interdépendante. Après la Première Guerre mondiale, les États-Unis sont devenus le principal créancier international. L’Allemagne reçoit d’importants capitaux américains, notamment dans le cadre du plan Dawes de 1924 puis du plan Young de 1929, afin de stabiliser son économie et de faciliter le paiement des réparations. Lorsque les banques et investisseurs américains rapatrient leurs capitaux après 1929, cette architecture financière se désorganise. L’Allemagne et l’Autriche sont particulièrement exposées. La faillite du Creditanstalt de Vienne en mai 1931 symbolise la transformation de la crise américaine en crise bancaire européenne.

Le commerce transmet un second choc. La baisse du revenu américain réduit les importations, puis le tarif Smoot-Hawley de juin 1930 relève fortement les droits de douane sur de nombreux produits. D’autres États répondent par des mesures protectionnistes. Les échanges mondiaux se contractent brutalement, ce qui frappe les pays dépendants de leurs exportations de produits agricoles ou de matières premières. L’Amérique latine, notamment le Brésil, subit l’effondrement des cours. Les économies industrielles européennes perdent également des débouchés. Cette fermeture commerciale ne crée pas la dépression, mais elle l’aggrave en réduisant encore la demande mondiale.

L’étalon-or joue un rôle décisif dans la propagation. Pour maintenir la convertibilité de leur monnaie en or et éviter les sorties de capitaux, les banques centrales doivent souvent défendre des taux d’intérêt élevés et pratiquer des politiques déflationnistes. Elles disposent donc de moins de liberté pour soutenir l’activité. Le Royaume-Uni abandonne l’étalon-or en septembre 1931 et peut ensuite laisser la livre se déprécier. Les États-Unis rompent progressivement avec ce système en 1933. La France, au contraire, reste attachée plus longtemps au « bloc-or » et ne dévalue le franc qu’en 1936, ce qui contribue à prolonger sa dépression.

La Grande Dépression révèle ainsi le caractère paradoxal de l’interdépendance. Les flux de capitaux, le commerce et les règles monétaires avaient favorisé la reconstruction des années 1920. En l’absence de coordination internationale efficace, ils deviennent des canaux de contagion. Les travaux de l’historien de l’économie Barry Eichengreen ont particulièrement montré que les pays sortant tôt de l’étalon-or se redressent généralement plus vite. La crise mondiale n’est donc pas seulement une addition de crises nationales. Elle procède d’un système international qui transmet et amplifie le choc.