La journée du 6 février 1934 se déroule dans une France marquée par la crise économique, l’instabilité ministérielle et une forte défiance envers le parlementarisme. L’affaire Stavisky, du nom d’un escroc lié à plusieurs personnalités politiques, éclate à la fin de 1933. Son décès en janvier 1934 nourrit les rumeurs de protection et de corruption. La droite et l’extrême droite dénoncent un « régime des scandales ». Lorsque le gouvernement Daladier remplace le préfet de police Jean Chiappe, apprécié des milieux conservateurs, plusieurs ligues et associations d’anciens combattants appellent à manifester le 6 février, jour où le gouvernement doit se présenter devant la Chambre des députés.
Les manifestants ne forment pas un bloc homogène. On trouve l’Action française, monarchiste, les Jeunesses patriotes, les Solidarités françaises, les Croix-de-Feu du colonel de La Rocque ainsi que des associations d’anciens combattants. Les objectifs diffèrent : certains veulent renverser le gouvernement, d’autres réclament surtout une réforme morale ou institutionnelle. Autour de la place de la Concorde et du pont menant au Palais-Bourbon, les affrontements avec les forces de l’ordre deviennent violents. On compte une quinzaine de morts parmi les manifestants et plusieurs centaines de blessés. Édouard Daladier démissionne le 7 février malgré sa majorité parlementaire.
L’interprétation historique doit rester nuancée. La gauche présente immédiatement l’événement comme une tentative de coup de force fasciste. Les ligues ne disposent pourtant ni d’un plan commun, ni d’un commandement unifié, ni des moyens institutionnels nécessaires à une prise du pouvoir comparable à la marche sur Rome de 1922. Le 6 février révèle néanmoins une crise grave de légitimité de la IIIe République et la capacité de mouvements antiparlementaires à imposer une pression de rue. Le remplacement de Daladier par Gaston Doumergue montre que cette pression a des effets politiques immédiats.
La conséquence la plus durable est la recomposition de la gauche. Le 12 février 1934, la CGT et la CGTU appellent à la grève, tandis que socialistes et communistes manifestent parfois côte à côte. Ce rapprochement contribue progressivement à l’unité antifasciste, puis au Front populaire. Le 6 février ne constitue donc pas la chute manquée certaine de la République. Il est plutôt le révélateur d’un moment de polarisation extrême où la crise économique, les scandales et l’antiparlementarisme fragilisent le régime. Sa mémoire joue ensuite un rôle essentiel dans la mobilisation des gauches en faveur de la défense républicaine.
