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FICHE 09 / 50

Une crise tardive mais durable : la France entre déflation, instabilité politique et reprise difficile

La France est touchée plus tard que les États-Unis, l’Allemagne ou le Royaume-Uni. Jusqu’en 1930, la croissance reste relativement soutenue. L’économie française est moins dépendante des marchés financiers internationaux et conserve un secteur agricole important, ce qui amortit d’abord le choc. À partir de 1931, la baisse des exportations, la contraction de l’investissement et la diminution des prix entraînent toutefois une stagnation prolongée. La production industrielle recule et de nombreuses petites entreprises sont fragilisées. La crise française est moins spectaculaire que la crise allemande, mais elle dure davantage et pèse profondément sur la vie politique.

La politique monétaire explique une partie de cette longueur. Le franc a été stabilisé en 1928 à un niveau relativement compétitif. Lorsque le Royaume-Uni abandonne l’étalon-or en 1931 puis que le dollar se déprécie après 1933, la monnaie française devient progressivement surévaluée. Les gouvernements restent attachés à la défense du « franc fort » et au bloc-or. Pour restaurer la compétitivité et les finances publiques, ils privilégient alors la déflation, c’est-à-dire la baisse des prix, des salaires et des dépenses. Cette stratégie comprime la demande intérieure sans produire rapidement le redressement attendu.

Les conséquences sociales sont réelles malgré un chômage officiellement inférieur à celui de l’Allemagne. Les statistiques sous-estiment les personnes retirées du marché du travail, les travailleurs à temps réduit et le retour forcé de nombreux étrangers. Les fonctionnaires, rentiers, artisans, commerçants et agriculteurs subissent la baisse des revenus ou des prix. Le sentiment de déclassement nourrit la défiance envers les gouvernements. L’affaire Stavisky, révélée en 1934, renforce l’idée d’une République corrompue et favorise les ligues antiparlementaires.

La France ne commence à sortir durablement de la dépression qu’à partir de 1936-1937, avec la dévaluation du franc, la reprise internationale et les politiques du Front populaire. Les réformes sociales augmentent les salaires et les droits des salariés, mais elles s’accompagnent de tensions sur les prix, l’investissement et la balance des paiements. La spécificité française tient donc à une crise tardive, relativement moins brutale, mais persistante. Elle contribue moins à un effondrement institutionnel qu’à une polarisation politique croissante, qui prépare l’affrontement entre les ligues, la gauche antifasciste et le Front populaire.