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FICHE 01 / 80

1971 : la fin de la convertibilité du dollar en or et l’effondrement progressif du système de Bretton Woods

Le 15 août 1971, Richard Nixon suspend la convertibilité du dollar en or, au cours officiel de 35 dollars l’once, fixé aux États-Unis en 1934 puis repris comme pivot du système de Bretton Woods. Cette décision, souvent appelée « Nixon shock », ne surgit pas d’une crise isolée. Le système de Bretton Woods reposait sur un paradoxe : pour fournir au monde les dollars nécessaires aux échanges, les États-Unis devaient accumuler des déficits, mais ces déficits finissaient par affaiblir la confiance dans la capacité américaine à convertir tous les dollars en or. Dans la seconde moitié des années 1960, les dépenses de la guerre du Vietnam, les programmes sociaux et l’inflation accentuent cette tension.

La rupture de 1971 ne détruit pas immédiatement Bretton Woods. Les accords du Smithsonian, en décembre, tentent de rétablir des parités fixes autour d’un dollar dévalué. L’expérience échoue. En mars 1973, les principales monnaies occidentales passent à des changes flottants ; les accords de la Jamaïque de 1976 entérinent ensuite la fin du rôle monétaire officiel de l’or. Le nouvel ordre monétaire devient plus flexible, mais aussi plus instable : les taux de change fluctuent davantage et les banques centrales disposent d’une autonomie accrue. La décision américaine met donc fin à la convertibilité externe du dollar, non à l’usage international de la monnaie américaine, qui demeure au centre des réserves et des règlements mondiaux.

Cette séquence marque donc moins l’effondrement soudain d’un système que l’aboutissement d’une contradiction accumulée depuis les années 1960. Elle annonce un monde financier où le dollar reste central sans être juridiquement convertible en or. La puissance américaine ne disparaît pas : elle change de forme, car la profondeur des marchés financiers des États-Unis et le rôle international du dollar permettent à Washington de conserver un privilège monétaire majeur.