L’expression « Trente Glorieuses », popularisée par Jean Fourastié, désigne la période de croissance exceptionnelle qui s’étend approximativement de 1945 au milieu des années 1970. Son terme ne correspond pas à une date unique. Le ralentissement apparaît progressivement dans la seconde moitié des années 1960, puis devient spectaculaire après 1973. Les économies occidentales continuent de croître, mais moins vite, avec davantage d’inflation, de chômage et d’instabilité financière. La borne de 1975, souvent retenue en France, est conventionnelle : le ralentissement commence avant 1973 et suit des calendriers différents selon les pays.
Plusieurs ressorts du rattrapage d’après-guerre s’épuisent. La reconstruction est achevée, les transferts de travailleurs de l’agriculture vers l’industrie deviennent moins importants et le rattrapage technologique sur les États-Unis produit des gains plus faibles. Les marchés de biens durables se rapprochent de la saturation. Les entreprises sont confrontées à de nouveaux concurrents, en particulier le Japon et, progressivement, les économies industrialisées d’Asie orientale. Le renchérissement de l’énergie et les fluctuations monétaires aggravent ces mutations sans les créer à eux seuls.
Le capitalisme occidental se transforme en conséquence. Le poids des services augmente, les grandes entreprises internationalisent davantage leur production, la finance prend une place croissante et les États réorientent leurs politiques économiques. Le compromis social de l’après-guerre — forte croissance, progression régulière des salaires, emploi industriel abondant et extension de la protection sociale — devient plus difficile à financer et à maintenir. La crise des années 1970 ouvre ainsi une période de réorganisation plutôt qu’une simple parenthèse récessive.
