Fondée en 2002 par Elon Musk, SpaceX illustre la transformation du secteur spatial américain. L'entreprise entre sur un marché historiquement structuré par de grands contractants dépendants de commandes publiques et cherche à réduire fortement le coût des lancements. Après plusieurs échecs initiaux, Falcon 1 atteint l'orbite en 2008. Falcon 9, lancé pour la première fois en 2010, devient ensuite le cœur d'un modèle reposant notamment sur la récupération et la réutilisation du premier étage. Cette innovation modifie les conditions économiques d’accès à l’espace.
La réussite de SpaceX est indissociable de l'État américain. La NASA lui attribue des financements et contrats dans le cadre des programmes commerciaux de ravitaillement puis de transport d'équipages vers la Station spatiale internationale. En mai 2020, Crew Dragon transporte pour la première fois des astronautes de la NASA vers l'ISS, mettant fin à près de neuf années de dépendance américaine envers les vaisseaux russes Soyouz pour les vols habités depuis le territoire américain. L'entreprise devient également un fournisseur majeur du département de la Défense et d'autres agences fédérales.
Starlink lui donne une dimension géopolitique supplémentaire. Cette constellation de milliers de satellites en orbite basse fournit un accès à Internet dans des régions mal couvertes par les réseaux terrestres et peut conserver une connectivité dans certaines zones de crise. Une infrastructure appartenant à une société privée acquiert alors une importance stratégique pour des gouvernements et des forces armées. Cela soulève une question de science politique : jusqu'où une décision relevant d'un dirigeant d'entreprise peut-elle avoir des conséquences diplomatiques ou sécuritaires ?
SpaceX montre donc que la frontière entre acteur économique et acteur de puissance devient plus poreuse. L'entreprise ne possède ni souveraineté ni politique étrangère au sens étatique, mais elle contrôle des capacités qui peuvent modifier les options disponibles pour les États. Elle reste néanmoins dépendante de licences, de contrats et d'infrastructures publiques. Le cas illustre moins un retrait de l'État qu'une recomposition de la puissance publique autour de partenariats avec des acteurs privés capables d'innover très rapidement.
