Le 15 octobre 2003, la capsule Shenzhou 5 est lancée depuis Jiuquan avec à son bord Yang Liwei. Après un peu plus de vingt et une heures et quatorze orbites autour de la Terre, il revient au sol le lendemain. La Chine devient alors le troisième État, après l’URSS en 1961 et les États-Unis en 1962, capable d’envoyer un humain dans l’espace avec un système national de lancement et de retour. L’événement possède une valeur technologique supérieure à celle d’un simple vol symbolique : il atteste la maîtrise coordonnée du lanceur, du vaisseau, du suivi orbital, des communications et de la récupération.
Le succès intervient après plus d’une décennie de développement du programme 921. Pékin choisit une progression prudente : plusieurs vols Shenzhou non habités testent auparavant les systèmes. Cette méthode réduit le risque d’un échec public et traduit la volonté de construire une capacité durable plutôt qu’un exploit unique. Le vol de Yang Liwei ouvre ensuite la voie aux missions avec plusieurs taïkonautes, aux sorties extravéhiculaires et à l’assemblage de stations orbitales.
La dimension politique est considérable. Les médias chinois présentent la mission comme la preuve du retour de la Chine parmi les grandes puissances scientifiques. Le régime transforme le succès en récit national de modernisation, particulièrement efficace parce qu’il repose sur une performance techniquement vérifiable. À l’international, Shenzhou 5 modifie aussi la hiérarchie symbolique : la Chine n’est plus seulement un utilisateur de l’espace, mais un acteur capable de mener de manière autonome l’une de ses activités les plus complexes.
Shenzhou 5 montre ainsi que le vol habité produit une puissance largement symbolique mais non fictive. Son prestige provient précisément du niveau de ressources scientifiques, industrielles et organisationnelles qu’il suppose.
