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FICHE 49 / 68

La mer de Chine méridionale : un espace au cœur des rivalités asiatiques

Explorer ce thème dans le cours : DES ENJEUX ÉCONOMIQUES ET GÉOPOLITIQUES CONSIDÉRABLES POUR LA CHINE ET LE RESTE DU MONDE

La mer de Chine méridionale concentre plusieurs dimensions classiques de la géopolitique : rivalités de souveraineté, routes commerciales majeures, ressources, droit international et intervention de puissances extérieures. Elle s’étend entre la Chine, Taïwan, les Philippines, la Malaisie, Brunei, l’Indonésie et le Vietnam. Plusieurs archipels et hauts-fonds y font l’objet de revendications concurrentes, en particulier les Paracels et les Spratleys. Une grande partie des échanges maritimes entre l’Asie orientale, l’océan Indien, l’Europe et le Moyen-Orient traverse cet espace, ce qui lui donne une importance bien supérieure à la superficie réduite des îlots disputés.

La Chine revendique des droits historiques sur une très grande partie de la mer à travers une représentation cartographique généralement associée à la « ligne en neuf traits ». Ces revendications se superposent aux zones économiques exclusives que les États riverains peuvent revendiquer selon la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Le différend oppose donc des conceptions concurrentes de l’espace maritime : récit historique, possession ou occupation de formations insulaires, droits générés par les côtes continentales et interprétation du droit international.

Depuis les années 2010, Pékin a consolidé sa présence sur plusieurs récifs des Spratleys en procédant à d’importants travaux de remblaiement et en y construisant pistes, ports et installations. La Chine présente ces aménagements comme nécessaires à la souveraineté, à la sécurité de la navigation ou à des usages civils; d’autres États les interprètent comme une militarisation et une politique de fait accompli. Des garde-côtes et navires civils jouent également un rôle central dans les confrontations, ce qui permet d’exercer une pression en restant en deçà du seuil d’un conflit militaire ouvert.

Les États-Unis ne revendiquent aucun territoire dans la zone mais défendent la liberté de navigation et contestent les restrictions qu’ils jugent incompatibles avec le droit maritime. Ils conduisent des opérations navales destinées à affirmer que certaines eaux restent ouvertes à la navigation internationale. Le différend devient ainsi un élément de la rivalité sino-américaine, alors même que les États d’Asie du Sud-Est cherchent souvent à éviter de devoir choisir complètement entre Washington et Pékin.

La sentence arbitrale rendue en 2016 dans l’affaire Philippines c. Chine a rejeté plusieurs fondements juridiques des revendications chinoises et considéré qu’aucune des formations des Spratleys examinées ne pouvait générer une ZEE propre. Pékin a refusé la décision. Ce contraste entre décision juridique et contrôle matériel montre une tension fondamentale : le droit international définit des règles, mais leur efficacité dépend de la capacité des acteurs à les faire respecter et de leur volonté de s’y conformer. La mer de Chine méridionale devient ainsi un laboratoire de la relation entre droit, puissance et territoire.