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FICHE 53 / 68

La « ligne en neuf traits » : histoire d’une revendication maritime chinoise contestée

Explorer ce thème dans le cours : DES ENJEUX ÉCONOMIQUES ET GÉOPOLITIQUES CONSIDÉRABLES POUR LA CHINE ET LE RESTE DU MONDE

La « ligne en neuf traits » est devenue l’un des symboles des revendications chinoises en mer de Chine méridionale. Elle apparaît sur les cartes officielles sous la forme de segments entourant une grande partie de cet espace maritime. Son origine est antérieure à la République populaire : une carte publiée par le gouvernement nationaliste chinois en 1947 présentait une ligne en onze traits. Après 1949, Pékin reprend cette représentation, qui évolue ensuite pour devenir la ligne généralement appelée « en neuf traits ».

La difficulté tient à l’ambiguïté de ce que la ligne signifie juridiquement. Représente-t-elle une revendication de souveraineté sur les îles situées à l’intérieur ? Des droits historiques sur les eaux et ressources ? Une frontière maritime ? Les déclarations chinoises ont longtemps laissé une marge d’interprétation. Cette ambiguïté peut servir une fonction diplomatique en évitant de fixer une revendication trop précise, mais elle crée aussi une incompatibilité potentielle avec le droit contemporain de la mer fondé sur des zones calculées à partir des côtes et du statut des formations naturelles.

Dans l’affaire engagée par les Philippines, le tribunal arbitral constitué au titre de la Convention de Montego Bay conclut en 2016 qu’il n’existe pas de fondement juridique permettant à la Chine de revendiquer, au-delà des droits prévus par la Convention, des droits historiques sur les ressources à l’intérieur de la ligne. Le tribunal ne tranche cependant pas la souveraineté sur les îles elles-mêmes. Pékin rejette la procédure et refuse la sentence.

La ligne en neuf traits est donc à la fois un objet cartographique, juridique et politique. Une représentation géopolitique peut devenir un instrument de souveraineté : cartes, passeports et documents administratifs contribuent à donner une apparence de continuité et d’évidence à une revendication. Les États ne se contentent pas d’occuper des espaces; ils produisent aussi des récits, des noms et des cartes qui rendent leurs prétentions intelligibles. La ligne matérialise ainsi une conception chinoise de la mer tout en cristallisant une contestation régionale et internationale.