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À la charnière des XIXe et XXe siècles, John Muir et Gifford Pinchot incarnent deux conceptions différentes de la protection des milieux naturels. John Muir, naturaliste et écrivain d’origine écossaise, défend la valeur propre des paysages sauvages. Installé en Californie, il participe à la mobilisation pour Yosemite et fonde en 1892 le Sierra Club, organisation destinée à protéger les montagnes et les espaces remarquables. Pour Muir, un territoire naturel ne se réduit pas à son utilité économique : il possède aussi une portée esthétique, spirituelle et culturelle. Cette approche est généralement désignée par le terme « préservation ».

Gifford Pinchot, forestier et conseiller de Theodore Roosevelt, défend pour sa part une utilisation raisonnée des ressources. Il défend une « conservation » fondée sur l’usage raisonné des ressources au bénéfice de la société. Les forêts doivent pouvoir fournir du bois, protéger les sols et soutenir l’activité économique, sous réserve d’une administration publique rationnelle. Pinchot contribue à la professionnalisation des services forestiers fédéraux et dirige l’administration qui devient l’United States Forest Service en 1905. Son projet vise moins à soustraire les territoires à l’exploitation qu’à éviter le gaspillage et à organiser leur utilisation sur le long terme.

L’opposition entre Muir et Pinchot ne correspond pas à un choix simple entre protéger et détruire la nature. Tous deux contestent la surexploitation incontrôlée, mais divergent sur les finalités du contrôle public. Muir défend la sauvegarde de paysages dont la valeur dépasse les usages économiques ; Pinchot privilégie une gestion raisonnée au service des besoins collectifs. Le débat de Hetch Hetchy rend leur désaccord particulièrement visible. Leurs conceptions continuent d’éclairer les controverses sur les barrages, les forêts ou les espaces protégés : les acteurs s’accordent parfois sur la nécessité d’agir, sans partager une même définition de l’intérêt général.