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Le parc national de Yellowstone, créé en 1872 dans l’Ouest américain, est devenu un symbole mondial de protection de la nature, mais son histoire se confond aussi avec celle de la conquête territoriale des États-Unis. Le 1er mars 1872, le président Ulysses S. Grant signe le texte fédéral qui établit ce parc. Ce territoire de geysers, de sources chaudes et de paysages spectaculaires est soustrait à la colonisation et à la vente afin d’être réservé à l’usage public. L’événement marque la constitution d’un modèle inédit de protection d’un vaste espace naturel par l’État fédéral. La décision intervient dans un contexte de conquête de l’Ouest, d’expansion ferroviaire et d’exploitation accélérée des ressources. Les explorations scientifiques, les photographies et les représentations artistiques contribuent à faire reconnaître une valeur particulière à ces paysages.

Ce parc naît toutefois d’une représentation de la nature qui ignore largement l’histoire des peuples autochtones. Les autorités présentent les espaces protégés comme des territoires vierges, alors que différentes nations autochtones y entretenaient depuis longtemps des relations sociales, économiques et culturelles. La protection fédérale s’accompagne de restrictions d’accès, d’expulsions et d’un contrôle des usages traditionnels. Ce paradoxe rappelle que la définition d’une nature « à préserver » dépend aussi des rapports de pouvoir : l’État protège un paysage nationalisé, mais décide quelles activités et quelles populations peuvent y trouver leur place. La conservation est donc inséparable de l’histoire territoriale américaine.

Le modèle de Yellowstone se diffuse ensuite à l’étranger, tandis que la création du National Park Service en 1916 consolide la gestion des parcs américains. Sa réputation de nature « sauvage » doit pourtant être replacée dans l’histoire des populations autochtones, dont les usages anciens ont souvent été exclus du récit officiel et restreints par les autorités. La protection des paysages peut ainsi produire de nouveaux conflits d’accès aux territoires. Yellowstone concentre deux héritages : l’affirmation d’un intérêt public à conserver certains espaces et les limites d’une politique menée sans pleine reconnaissance des sociétés qui y vivaient.